
Évaluation – Baie des Trésors Brut d’Amphore
Afin de connaître les débuts de cette histoire, il faut remonter jusqu’en 1849. Eugène Eustache, un jeune négociant de Saint-Pierre, décide de racheter l’Habitation Galion pour y faire construire une usine à vapeur afin de promouvoir l’industrie sucrière de l’époque. Avec le temps, il achète toutes les habitations qui souffrent de difficultés afin de constituer le domaine agricole du Galion. Les activités de l’usine du Galion ont connu un boom avec l’arrivée d’Emile Bougenot qui épousa la fille de Mr Eustache et s’associa avec Octave Hayot, un ingénieur agronome, avec qui il inventa le modèle des usines centrales alimentées par plusieurs planteurs. C’est du temps d’Émile Bougenot que l’usine du Galion commence à produire du rhum dont celui qui a fait sa réputation soit le Grand Arôme du Galion.
C’est en 2018 que le projet de la marque Baie des Trésors se concrétise afin de relancer le rhum du Galion tout prêt de la Presqu’île de la Caravelle. Une des particularités de la marque est d’avoir un maître de chai qui est producteur de sa propre canne à sucre grâce aux différentes parcelles du domaine et qui ont toutes leurs caractéristiques qui leurs sont propres. Par exemple, sur la parcelle Brin Amour, c’est la canne à sucre R570 (une canne à sucre réunionnaise plus communément connue comme sous le nom Canne Paille ou Canne d’or) qui y est cultivée sur les mornes tandis que, sur la parcelle de Fond Basile, c’est la canne R583 qui y est cultivée grâce à sa grande résistance aux conditions arides de la parcelle. Les étapes de la fermentation et de la distillation se font à la distillerie Saint-James sous la supervision du maître de chai et directeur de l’exploitation du Galion Stéphane Gouyer. Ce dernier apporte son propre cahier des charges ainsi que ses levures et produit un rhum qui respecte l’AOC rhum de Martinique. Le mot d’ordre de la marque : un rhum est fabriqué à partir d’une seule sorte de canne à sucre provenant d’une parcelle unique. L’activité de dégustation offerte sur place est particulièrement intéressante afin de pouvoir comprendre l’effet du vieillissement sur un produit provenant d’une même parcelle et comprendre également la différence entre une canne provenant d’un milieu sec versus une canne provenant d’un milieu humide.
Le Brut d’Amphore est le tout premier rhum agricole bio AOC rhum de Martinique élevé en amphore. L’élevage en amphore permet une oxygénation du spiritueux grâce à la porosité du matériau utilisé lors de sa fabrication. Le processus de fabrication demeure secret, mais il repose ensuite pendant une durée de 3 à 15 mois. Il est embouteillé à 71,2% d’alcool par volume dans une bouteille en porcelaine noir opaque. La première production de ce rhum est limitée à 1000 bouteilles.
Il est de couleur translucide.
Le nez est intéressant et végétal sur les arômes de canne à sucre. J’ai également un joli côté herbal avec une belle salinité. Je trouve le nez assez classique des rhums blancs Martiniquais (Ni voyez là aucun reproche, je me demande simplement l’apport de l’amphore au niveau des arômes que le nez laisse percevoir). L’aération du verre me permet d’y trouver également un côté minéral agréable.
En bouche, l’attaque est douce malgré ses 71,2% d’alcool par volume (Une dégustation à l’aveugle ne m’aurait pas permis de dire qu’on était en présence d’un rhum à ce degré. L’alcool est très bien intégré). La texture est suave et j’aime bien. J’y retrouve principalement les notes du nez. La salinité est plus présente que ce que le nez me laissait entrevoir.
La finale est longue, douce et principalement saline. Un très beau produit et je l’ai particulièrement apprécié lors de notre activité de dégustation l’an dernier avec Tanguy Saliniere lors de notre voyage organisé en Martinique avec l’équipe de Québec Rhum. Malheureusement non disponible au Canada, il faut voyager pour se le procurer. Il est disponible sur le web aux alentours de 200 EUR (soit la somme de 320$ CAD après conversion).
Cheers!!!
