
Évaluations – La Maison & Velier – Série Magnum #2 (Beenleigh 8 ans, Clarendon 10 ans, Saint-James 12 ans, Hampden 13 ans)
Luca Gargano est un peu indissociable de la société Velier, une société italienne qu’il a rejoint en 1983. Les premiers embouteillages Habitation Velier ont été crées en 2015 et ils ont mis de l’avant des sélections de rhums de différentes distilleries de partout dans le monde. Les cuvées sont réputées pour être sans ajout de sucre, de colorant, ni d’arômes.
La collection Série Magnum a été créée en 2021, la volonté était de mettre en relation certaines des meilleures distilleries avec des photographes de renommée internationale en collaboration avec l’agence Magnum Press. Fondée en 1947 par des figures emblématiques de la photographie, Magnum Press réunit des photojournalistes parmi les plus légendaires au monde. Et les bouteilles sont disponibles en formats 700 ml et de 1,5 litre (Magnum). La série #2 met en valeur les pièces du photographe Alex Webb. Tout les détails sont ici.

Beenleigh 8 ans
La distillerie Beenleigh est en activité depuis 1884, elle est basée à Queensland en Australie et elle est la plus ancienne du pays. La mélasse utilisée pour la fabrication de leurs rhums est issus de cannes à sucre locales très près de la distillerie (le long de la rivière Albert) qui provient de Rocky Point Sugar Factory et de leur propre levure. La durée des étapes de fermentation peut durer de 72 à 96 heures et la distillation se fait de façon continue ainsi qu’avec un Copper Still en cuivre de 15 000 litres appelé »The Old Copper ». Leurs rhums passe du temps en cuve de maturation de bois ayant contenu du Brandy Australien et d’autres passent un peu plus de temps en fûts ayant contenu du Bourbon. Le vieillissement doit être d’au minimum de 2 ans pour l’utilisation du terme »rhum » en Australie.
Cet embouteillage a été distillé en 2015 et a vieilli pendant 8 ans en fûts de chêne ayant contenu du Bourbon. Il est embouteillé en 2023 à 60% d’alcool par volume. 1 117 bouteilles seulement.
Il est de couleur ambré doré,
Au nez, j’ai des odeurs aimables/joviales de cassonade dorée, de caramel doux, des épices douces, de la vanille, du miel, des noisettes et des fruits tropicaux. Il est bien, un nez sympa qui donne le goût de le découvrir, un peu gourmand pour un 60% mais n’empêche il me plaît et il rend déjà l’expérience très agréable je doit dire.
En bouche, il est très riche et puissant. Tellement étonnant au 1er kiss, le nez m’avait laisser présager tout le contraire.. de la douceur et de la légèreté. J’aime bien être surpris ainsi. Il est gras/suave sur la texture et il se savoure bien je trouve malgré une sécheresse présente qui n’enlève rien au plaisir de le déguster. J’ai des saveurs de toffee, de beurre salé, une belle chaleur en bouche, des fruits tropicaux, des noix, du miel, de l’érable même et des épices. Vraiment de beaux fruits!
La finale est longue, savoureuse, riche sur les notes de la bouche. Une belle force brute, de belles saveurs, un super moment en sa compagnie.. je l’ai vraiment aimé. Humm, dans les meilleurs rhums de ce que j’ai goûté de cette distillerie. Sans oublier le nez qui est superbe! Il se vendait autour de 230 USD, donc environ 328$ canadiens lors de notre passage en avril dernier chez Binny’s à Chicago.

Saint-James 12 ans
La distillerie Saint James a été fondée en 1765 et elle est basée à Sainte-Marie en Martinique. C’est la plus ancienne et la plus grande distillerie de l’île. La canne y est récoltée de février à juin. Elle est ensuite pressée à froid pour obtenir le jus qui sera mis en fermentation durant 24 à 48 heures pour donner un « vin de canne ». Ce dernier est alors chauffé dans des colonnes créoles en cuivre pour finalement libérer un rhum titrant entre 65%-74% d’alcool. Marc Sassier est le maître de chai de cette distillerie et agit également à titre de président de l’AOC Martinique.
Cet embouteillage est un assemblage de 2 millésimes (2003 et 2010). Il a vieilli pendant 12 ans en fûts de chêne ayant contenu du Bourbon. Il a été embouteillé en 2023 à 45% d’alcool par volume. 2 088 bouteilles seulement.
Il est de couleur ambré doré avec des teintes orangées,
Au nez, il est sur la canne à sucre et les fruits confits comme nous en avons l’habitude! J’ai des odeurs agréables d’agrumes, d’oranges, de prunes, de noisettes et de cerises, du miel ainsi que des épices. La présence du bois est à point, un bel équilibre fruit-bois. J’aime bien ce que j’ai devant moi jusqu’à présent.
En bouche, il est gras/suave sur la texture. La puissance est relative pour celui-ci, à 45% suivant le précédent, on est tranquille! Le 1er kiss est généreux et fruité, les agrumes, les oranges dominent et me donnent bien du plaisir. La canne à sucre est présente, le bois également mais plus en retrait avec des épices douces. Il est bon!
La finale est longue, sèche et à la fois savoureuse sur les fruits gourmands et confits. Superbe sélection de chez Saint-James, je le préfère au 12 ans de la gamme régulière mais le prix est vraiment onéreux par contre franchement pour ce qu’il offre dans le verre. Il se vendait autour de 280 USD, donc environ 400$ canadiens lors de notre passage en avril dernier chez Binny’s à Chicago.

Clarendon 10 ans
La distillerie Clarendon actuelle a été construite en 1949 dans la paroisse du même nom dans le sud de la Jamaïque. Voici quelques informations sur son histoire récente, car il y a eu plusieurs rachats depuis sa création et existence avant 1949 dont je vais passer sous silence pour être plus sommaire. Elle est actuellement la propriété du consortium NRJ (National Rums of Jamaïca) qui est formé à parts égales du Gouvernement Jamaïcain, de DDL (Demerara Distillers Limited) de Guyane mieux connu comme étant »El Dorado Rums » par les amateurs et de la Maison Ferrand (depuis 2017 avec le rachat de la WIRD à la Barbade). NRJ est aussi propriétaire de la distillerie Long Pond. À noter, la production de sucre (Lond Pond factory) est maintenant la propriété de Hampden. Depuis 2012, Clarendon embouteille une partie de ses rhums sous sa propre marque Monymusk mais la majorité est vendue à Diageo et à quelques embouteilleurs indépendants.
Cet embouteillage a été distillé en colonne en 2014 et a vieilli pendant 10 ans en fûts de chêne ayant contenu du Bourbon. Il a été embouteillé en 2024 à 60% d’alcool par volume. Il est considéré comme un MBS puisqu’il titre entre 10 et 60 grammes / Hlpa. 1 140 bouteilles seulement.
Il est de couleur ambré doré,
Au nez, je le trouve timide/léger au départ, il s’exprime plus librement avec l’aération. J’ai principalement des odeurs de noisettes et de fruits secs. Il est légèrement boisé/fumé avec un peu de caoutchouc selon mon impression..
En bouche, il est plutôt gras/suave sur la texture. Il est intense, boisé et surprenant! Un délice, wow.. vraiment le nez ne rend pas justice au 1er kiss et à l’expérience offerte en bouche. Il est particulier, racoleur, un peu sticky, fruité acide, sur les fruits tropicaux également, boisé et sec à la fois.
La finale n’est pas très longue, sèche et fruitée/boisée en rang avec la bouche. Il est déroutant, léger mais excentrique à la fois. Une belle découverte sortie de nul part. J’ai évidemment adoré la bouche et le contraste avec le nez bien que le nez lui-même n’est pas si intéressant. Il se vendait autour de 250 USD, donc environ 356$ canadiens lors de notre passage en avril dernier chez Binny’s à Chicago.

Hampden 13 ans
Située à Trelawny, dans la vallée de la reine d’Espagne, la propriété de Hampden créée en 1743 couvre aujourd’hui plus de 5 000 hectares et possède une longue histoire liée à la production de sucre et de rhum en Jamaïque. La production de sucre débuta en 1753 et les rhums ont été produits à partir de 1779. Fait intéressant, ils ont commencé à embouteiller leur propres rhums sous Rum Fire depuis 2011 et Hampden depuis 2018 mais auparavant la totalité de leur production était destinée à la vente en vrac auprès de divers revendeurs du monde entier. La distillerie utilise les vinasses pour la fermentation de leurs rhums qui donnent naissance aux fameux High Esters, elle est aussi reconnue pour perpétuer les “muck pits”. Il s’agit de fosses creusées à même le sol à l’extérieur de la distillerie, sorte de composteurs, dans lesquels sont mélangées les vinasses, les résidus des cuves en plus de fruits locaux. Hampden possède 4 alambics provenant de 3 continents : deux Forsyths fabriqués en Écosse, un Vendôme en provenance du Kentucky et un dernier alambic d’Afrique du Sud.
Cet embouteillage a été distillé en 2010 et a vieilli pendant 13 ans en fûts de chêne ayant contenu du Bourbon. Il a été embouteillé en 2023 à 60% d’alcool par volume. Il est considéré comme un LROK (Light Rum Owen Kelly) puisqu’il titre entre 200 et 400 grammes / Hlpa. 1 080 bouteilles seulement.
Il est de couleur ambré doré éclatant.
Au nez, il est très aromatique pour mon plus grand bonheur ! Fantastique nez déjà et n’ai pas encore approché le nez du verre c’est dire à quel point il dégage des odeurs fortes grâce à ces esters !! J’ai des odeurs de fruits exotiques bien mûrs et bien confits qui font déjà rêver, du caramel, du solvant ainsi qu’un côté terreux, de la mélasse et des épices.
En bouche, il est suave sur la texture. Il est intense, riche et délicieux! Les fruits exotiques subliment ce rhum, j’ai de la vanille et du caramel. Il est majestueux et je l’ai adoré!
La finale est longue sur les fruits tropicaux, l’acidité des fruits et le bois. Impeccable. Il est nettement mon favori de la gamme, le Beenleigh m’a vraiment plu aussi, suivi du Clarendon et du Saint-James qu’on pourrait mettre sur sur un pied d’égalité. Il se vendait autour de 500 USD, donc environ 712$ canadiens lors de notre passage en avril dernier chez Binny’s à Chicago.
Bonne découverte !!
