Évaluation – Plantation Xaymaica Special Dry

par Pierre-Olivier Coté

 

Plusieurs nouveautés en 2018 pour Plantation dont une dans la gamme des assemblages qui est le Xaymaica Special Dry. Un rhum bien spécial que Monsieur Alexandre Gabriel nous avait présenté (version presque définitive) en primeur mondiale lors de sa masterclass au Rhumfest de Paris 2018. Nous retrouvons ici un assemblage 100% distillé en pot still provenant des distilleries Long Pond et Clarendon (Monymusk). Distilleries dont Plantation est maintenant co-propriétaire depuis qu’ils ont acheté la West Indies Distillery à la Barbade, un genre de package deal qu’un passionné tel que Monsieur Alexandre Gabriel ne pouvait passer à côté!!! L’idée derrière cet assemblage est de recréer un style de rhum jamaïcain du 19ième siècle, 100% pot still dévoilant dans toute son intensité le fameux «Rum Funk» jamaïcain ou comme il est appelé sur l’île : le « Hogo » qui est la déformation du français «Haut Goût». Le Xaymaica qui est, soit dit en passant, le nom donné à la Jamaïque par les Arawaks qui en sont les premiers habitants, est donc un rhum qui fera parti de façon permanente de la gamme des assemblages Plantation. Il titre à 43% alc/vol et, tel que mentionné sur l’étiquette, n’a pas été «dosé» (ajout de sucre). C’est aussi le cas pour le nouveau Millésime Jamaïque 2005, ce sont deux rhums que Monsieur Gabriel à choisi de présenter non-dosé car il trouvait intéressant de les présenter sur cet aspect plus sec. Nous avons donc un assemblage de rhums fermentés d’une à 3 semaines, ensuite distillé en pot still dans les distilleries Long Pond et Clarendon, pour être par la suite vieilli de 1 à 3 ans en Jamaïque ainsi qu’une dernière année en fût de cognac chez Ferrand. Il s’agit ici d’un rhum de style «plummer» selon la classification jamaïcaine.

*Pour les «rhum geeks» comme moi qui aiment connaître ce qui entre dans sa constitution, voici plusieurs informations. Pour les autres, vous pouvez passer directement plus bas 😉

Nous avons ici principalement 4 rhums dans cet assemblage :

  • le premier nous provient de la distillerie Clarendon avec le «rum marque» EMB ce qui signifie qu’il a une concentration en esters entre 125-175g/HAP. Il a été fermenté environ 1 semaine pour être distillé en Pot still Vendôme. Il a ensuite été vieilli moins d’un an en Jamaïque en fût de chêne blanc américain et par la suite de 1 à 2 ans en fût de cognac en France. Il titrait à 65%alc/vol.
  • Aussi on y retrouve un autre rhum de chez Clarendon avec cette fois le «rum marque» MLC (Monymusk Light Continental) ce qui signifie un rhum avec une concentration en esters entre 500 et 600g/HAP. Celui-ci a au préalable été fermenté sur une période de 2 semaines pour ensuite être aussi distillé en Pot Still Vendôme. Il a été vieilli moins d’un an en Jamaïque en fût de chêne blanc américain et de 1 à 2 ans en fût de cognac en France. Il titrait à 70%alc/vol.
  • Le troisième nous provient de chez Long Pond avec le «rum marque» VRW (Vale Royal Wedderburn) qui est un rhum avec une concentration en esters entre 150 et 250g/HAP. Il a été fermenté pendant une semaine et ensuite distillé en Pot Still John Dore. Pour le vieillissement, on est encore sur moins d’un an en fût de chêne blanc américain et de 1 à 2 ans en fût de cognac en France. Il titrait à 70%alc/vol.
  • Nous avons finalement un autre rhum de chez Long Pond mais cette fois-ci avec le «rum marque» STC^E (Simon Thompson Cambridge Estate) qui nous donne une concentration en esters de 550 à 700g/HAP! On parle ici d’une très longue fermentation d’environ 3 semaines. La distillation a eu lieu aussi dans le Pot Still John Dore et pour le vieillissement, nous sommes en présence d’un rhum vieilli 8 ans en Jamaïque et ensuite 1 an en fût de cognac en France. Il titrait à 60%alc/vol.

On y retrouve aussi un cinquième rhum mais en très petite quantité et celui-ci pourrait changer au fil des ans car le maître assembleur doit constamment ajuster la ’’recette’’ pour garder un assemblage consistant d’année en année. Mais pour cette première version, il s’agit d’un rhum de chez Long Pond «ITP» d’une concentration en esters de 280g/HAP qui a été vieilli près de 17 ans en Jamaïque. Au final, le Xaymaica a une concentration en esters de 156g/HAP et un total de substances volatiles de 312g/HAP. Si vous êtes intéressé a en savoir plus sur le monde des rhums Jamaïcains, je vous suggère fortement cet article de Matt Pietrek (Cocktail Wonk) lci —-» https://cocktailwonk.com/rum-marques

Au nez :  On sent immédiatement que nous sommes en présence d’un rhum Jamaïcain. On y retrouve un côté très fruité avec des fruits exotiques très mûrs. J’y perçois de la poire avec de l’ananas et de la banane très mûre qui sont accompagnés par un léger cuir mouillé. Par la suite nous avons de fines notes salines accompagnées d’olive, de poivre ainsi qu’un peu de zest d’orange, le tout soutenu par le boisé du chêne.

En Bouche : C’est très lactique avec du beurre presque brûlé. L’arrivée en bouche est quand même assez douce. On y retrouve aussi les fruits très mûrs avec la poire, la pomme et des raisins. Par la suite, nous avons droit à une belle vivacité avec de légères épices poivrées accompagnées d’une légère sucrosité sans tomber dans l’excès. La finale est assez longue avec les olives que nous avions au nez et finit de manière plus gourmande en revenant aves les fruits mûrs et le chêne. Opinion finale : Le Xaymaica est un assemblage très réussi de la Maison Ferrand. Sans être un rhum d’exception et une bombe de ’’Hogo’’ jamaïcain,  il remplit très bien son mandat. Il peut très bien être consommé seul ou en cocktail. Sans avoir une aussi haute concentration en esters comme certains jamaïcains, il démontre tout de même une belle complexité avec une belle vivacité. De plus, avec son prix très raisonnable, il risque de devenir un rhum fort populaire. Je dirais que c’est son plus gros avantage et ce qui me plait le plus, son prix. Beaucoup moins dispendieux que d’autres rhums jamaïcains embouteillés sous d’autres marques (oui oui je sais, celui-ci est très jeune et ce n’est pas un Single Cask ou Brut de fût, etc, svp mettez les choses en perspective!! haha), celui-ci se défend très bien et je serais autant enclin à le mélanger en cocktail qu’à le boire seul! Donc à ce prix, je vous suggère fortement de l’essayer pour vous en faire votre propre idée, cheers!

NB: Merci à Matt Pietrek pour les infos manquantes! 😉

N.B.B: suite à la publication, j’ai modifié une partie de l’article où je parlais des intentions de Monsieur Gabriel à propos de ses rhums de la Jamaïque car j’ai probablement mal interprété ses propos ou il s’est mal exprimé ou est-ce un peu de ces 2 raisons?! Car en toute honnêteté, je dois dire que nous avons bu beaucoup de bonnes choses lors de nos rencontre donc il se peut tout n’était pas aussi clair haha!

You may also like

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire le pourriel. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.